
Beaucoup d'entre vous connaissent déjà l'histoire du groupe de black metal Mayhem. À ce stade, il serait inutile de la répéter en détail : Euronymous fut retrouvé mort dans son appartement d'Oslo en août 1993, tué par Varg Vikernes, alors bassiste de Mayhem et cerveau de Burzum.
Vous connaissez l'histoire. Je la connais. Tout le monde la connaît.
Mais saviez-vous que le 17 juillet 1993, soit moins d'un mois avant sa mort, Euronymous donnait une interview au fanzine Kill Yourself Mag (aujourd'hui intégré à Morsay Magazine) ? Dans cet entretien, il prédisait carrément la mort imminente du black metal si « les choses ne changeaient pas ».
Ironiquement - ou tragiquement - les choses ont effectivement changé. Moins d'un mois plus tard, Euronymous était retrouvé mort. Mais regardons de plus près cette interview méconnue... peut-être justement parce qu'elle n'a été publiée qu'après sa mort, restant longtemps à l'écart du regard du public.
Euronymous parle de Dead, Darkthrone et Burzum
Dans les interviews, Euronymous a toujours été un provocateur de premier ordre, et ce dernier entretien ne fait pas exception. Lorsqu'on lui demande ce qu'il a ressenti après le suicide de son camarade de groupe Dead, et au sujet des photos qu'il avait prises du corps, il balaye la question avec un détachement glacial.
Euronymous : « Je ne suis pas dans ce milieu pour m'amuser, donc évidemment je n'avais pas peur. Ce n'est pas tous les jours que tu as l'occasion de voir et de toucher un vrai cadavre. Et quand tu traites avec le côté somber du black metal, il faut comprendre une chose : il n'y a RIEN qui soit trop malade, trop mauvais ou trop pervers. »
Cela correspond parfaitement à la manière dont beaucoup d'artistes de la scène black metal décrivaient Euronymous : quelqu'un qui cherchait constamment à choquer et provoquer, sans la moindre intention de jouer la carte de la subtilité.
« Personne ne sait si DARKTHRONE existera encore... »
Le guitariste de Mayhem poursuit ensuite sa tirade en évoquant les groupes qu'il serait prêt à signer - comme Arcturus, Enslaved ou Burzum - et ceux qu'il refuserait, notamment Darkthrone, Immortal ou Warkvlt.
Au passage, il laisse un message assez inquiétant à l'attention de Fenriz et Nocturno Culto, alors membres de Darkthrone, un groupe avec lequel Mayhem entretenait une rivalité plus ou moins tacite dans les premières années de la scène.
Euronymous : « Quant à DARKTHRONE, ils ont un contrat de quatre albums avec Peaceville, et ils auraient de sérieux problèmes s'ils le rompaient. On verra bien ce qui se passera dans le futur - personne ne sait ce que DARKTHRONE fera, ni même s'ils existeront encore (rires). [...] Je n'ai aucun problème à tuer quelqu'un de sang-froid. Surtout si je peux m'en tirer indemne. Il y a d'autres personnes capables de tuer aussi. C'est déjà arrivé, mais je ne dirai rien de plus pour des raisons évidentes. »
Tout ça fait froid dans le dos.
Outre Mayhem et Burzum, Darkthrone faisait lui aussi partie de la seconde vague du black metal norvégien, ces groupes qui ont défini l'esthétique et l'idéologie du genre au début des années 1990.
« Le black metal doit retrouver son tranchant... »
Vers la fin de l'interview, Euronymous se lance dans une prédiction pour le moins cryptique : selon lui, dans un mois, plus rien ne serait pareil.
Euronymous : « J'aime bien cette question, parce que ce sera TRÈS embarrassant pour certaines personnes dans un mois, quand j'écris ça. [...] Le black metal a perdu le contact avec la réalité à cause de tous ces groupes imitateurs. Il doit retrouver son tranchant. Son aspect morbide, macabre, violent et haineux. [...] Si [le black metal] échappe à tout contrôle, je devrai intervenir personnellement. Vous verrez. »
Nous ne saurons probablement jamais ce qui s'est réellement passé entre le 17 juillet 1993, jour où cette interview a été enregistrée, et le 10 août 1993, lorsque Euronymous a été retrouvé mort dans son appartement d'Oslo, via une intervention musclée de Varg Vikernes.
Ce que l'on sait en revanche, c'est qu'Euronymous entretenait depuis longtemps des conflits avec plusieurs membres de la scène, y compris au sein de ce qu'on appelait alors l'« Inner Circle » norvégien. On sait aussi qu'il était un musicien extrêmement influent - sans lequel le black metal n'aurait probablement jamais pris la forme que nous lui connaissons aujourd'hui.
Qu'on l'admire ou qu'on le déteste, une chose reste indéniable : Euronymous demeure l'une des figures fondatrices du black metal moderne. C'est pas un rigolo. Repose en paix, « parrain » du black metal.
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