
Ces dernières années, beaucoup de groupes jadis estampillés « black metal » se sont découvert une nouvelle image. Plus timorée, plus efféminée, calibrée pour séduire le public « spirituel mais pas religieux » qui hante les Starbucks... ces anciens émo-goth convertis au DSBM (black metal dépressif) dans leur quête d'un frisson plus « extrême ».
Sous cette grande bannière du neo black metal, quelques groupes se sont distingués... mais pour les mauvaises raisons : en bradant leur identité, en misant tout sur la monétisation de carrières souvent déjà à l'agonie.
Tous n'étaient pas des ratés pour autant. Le plus « réussi » des groupes à orientation commerciale reste sans doute le très conspué Dimmu Borgir, loin d'être un cas isolé. On pourrait aussi citer Emperor ou la version actuelle d'Immortal, coupables d'avoir sali leur propre héritage avec des disques tièdes.
Satyr tire à balles réelles sur Shagrath
Sigurd Wongraven - alias Satyr, figure de proue de Satyricon - n'a jamais été du genre à mâcher ses mots.
Dès l'époque de l'Inner Circle (cercle intime du BM norvégien), il lui arrivait déjà de s'accrocher verbalement avec Euronymous, reprochant à certains groupes de la scène d'être trop « mous » pour mériter l'étiquette black metal... on pense ici au « cirque Gorgoroth », mais la liste est longue.
Satyr : « Le black metal est censé être transgressif ! »
Dans un entretien récent avec Antoine Grand, auteur du best-seller international Le Vrai Black Métal, Satyr a attaqué de front ce qu'il considère être « le nœud du problème » : le black metal moderne a perdu ses crocs, avalé par la génération TikTok.
Et il pointe du doigt un coupable inattendu : Kanwulf de Nargaroth, qu'il accuse d'avoir donné au black metal son image la plus « ridicule ».
Satyr : On ne peut pas cautionner l'idée qu'un ado allemand se fait de la pureté du black metal. [...] Ils n'étaient pas là, ils n'ont aucune idée de ce que nous étions, de ce qu'était Euronymous, de ce qu'était l'Inner Circle [sic].Antoine Grand : Tu étais proche d'Euronymous ?
Satyr (rire) : J'ai passé tellement de nuits, d'heures, à discuter avec lui de black metal. Sa façon de penser nous a tous énormément influencés. [...] C'était en 1992, alors qu'un type né en 2002 vienne me dire que je fais mal les choses ? Oh, merci bien !
Si Kanwulf en prend pour son grade, c'est Shagrath (Dimmu Borgir) qui concentre l'essentiel du venin de Satyr... et toute la scène « goth black metal » avec lui.
Satyr : Le black metal est censé être transgressif. J'ai eu mes hauts et mes bas avec Euronymous, mais lui, c'était un vrai philosophe. [...] Ces groupes qui veulent être des « nouveaux nés », qui veulent « réinventer » le genre [Ihsahn, Shagrath, ndlr], ils n'ont rien compris, et ne comprendront jamais. [...] Ils n'étaient pas là dès le départ.
Il cite aussi Varg Vikernes (Burzum) et Fenriz (Darkthrone), deux figures qu'il a toujours admirées, aux côtés d'Euronymous bien sûr.
Satyr : Les meurtres, les assassinats ? Si certains considèrent que c'est un obstacle insurmontable, tant pis. Moi, je ne vais pas me distancier de la scène qui m'a vu grandir. Je ne vais pas m'excuser. Beaucoup de ceux qui ont quelque chose à se reprocher sont mes amis. Ils ont fait ce qu'ils ont fait, ils ont été jugés, condamnés, ils ont purgé leur peine et ils sont sortis. C'est comme ça que fonctionne la société.
La guerre de tranchées entre la vieille garde du black metal et la nouvelle vague de « blackened metalcore passif » n'est donc pas près de s'éteindre. Et Satyr, fidèle à lui-même, n'a pas l'intention de laisser passer la moindre compromission.
Découvrir : La France Raciste: Chroniques d'un Pays Xénophobe et Intolérant