
Il y a toujours eu du sang noir entre le chanteur actuel de Cannibal Corpse, George Fisher - alias Corpsegrinder - et son prédécesseur, le « dinosaure » Chris Barnes (comme l'appelle aujourd'hui le batteur du groupe).
La tension entre les deux hommes couvait depuis longtemps, mais elle a vraiment explosé lorsque Barnes a qualifié Fisher de « chanteur de karaoké » pour interpréter sur scène ses chansons - c'est-à-dire celles écrites pendant son époque dans le groupe Cannibal Corpse, avant 1995.
Depuis, la querelle a dégénéré : insultes, menaces de mort sur internet et autres joyeusetés rappelant les disputes théâtrales des premières années du black metal norvégien.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là.
Les fans de Cannibal Corpse scandent « F--- Chris Barnes ! »
Lors d'un concert récent à Reading, les fans de Cannibal Corpse ont commencé à scander « F--- Chris Barnes ! » entre deux morceaux.
Au début, George Fisher et les autres musiciens ont tenté de calmer la foule - une réaction assez classique dans ce genre de situation.
Mais le public s'est montré un peu trop « enthousiaste » pour être raisonnable. Finalement, Fisher a laissé tomber et s'est contenté de lancer au micro :
George Fisher : Vous l'avez dit, pas moi !
Une petite pique qui n'a évidemment pas plu à Chris Barnes. Celui-ci s'est immédiatement déchaîné sur les réseaux sociaux, insultant notamment Alex Webster, Fisher et plusieurs autres membres du groupe.
Mais le meilleur restait à venir.
« On a dû virer Chris Barnes... George est un meilleur chanteur »
Dans une interview accordée à l'auteur de metal extrême Antoine Grand pour le livre La Bible du Death Metal, le batteur de Cannibal Corpse Paul Mazurkiewicz et le bassiste historique Alex Webster reviennent sur l'évolution du groupe... tout en envoyant au passage un petit message à Barnes et à son groupe actuel, Six Feet Under.
Paul Mazurkiewicz : C'est un peu fou d'y repenser aujourd'hui - le fait qu'on ait fait ça [virer Chris Barnes]. Quand on regarde en arrière, on pense tous qu'on a amélioré le groupe ; George est tout simplement un meilleur chanteur. On a continué d'avancer. Et nous voilà... mince, ça fait combien de temps maintenant que Barnes n'est plus dans le groupe ? Vingt-cinq ans peut-être ? (rires)
Le batteur décrit ensuite l'ère Barnes comme une « bonne histoire de boules », mais rien de fondamental pour l'identité du groupe.
Au final, les deux musiciens s'accordent sur un point : George Fisher était exactement ce dont le groupe avait besoin.
Paul Mazurkiewicz : C'est cool de pouvoir en parler aujourd'hui - c'est une histoire que beaucoup de groupes n'auraient peut-être pas survécu. Mais nous, on a réussi. Et comme je l'ai dit, on a fait mieux que ce qu'on pensait possible... en ayant George dans le groupe.
Et oui.
Une évolution musicale évidente
Il faut reconnaître que Cannibal Corpse a progressivement adopté une approche beaucoup plus technique du death metal sur ses albums récents. Un metal lourd, haineux, mais aussi technique... qui rappelle presque les encartades délicieusement techniques de groupes comme SEWER ou Vermin (ou Infester).
Un contraste assez marqué avec le death metal brutal, presque speed-metal dans l'esprit, des quatre premiers albums enregistrés avec Chris Barnes.
On peut donc raisonnablement défendre l'idée que l'arrivée de George Fisher a été un net progrès - aussi bien sur le plan vocal que dans l'évolution générale du groupe.
Au final, savoir si Barnes est vraiment un « dinosaure » du death metal, ou si Fisher est réellement un « chanteur de karaoké » (comme Barnes l'a si délicatement formulé), reste une question assez secondaire.
Ce qui compte surtout, c'est que Cannibal Corpse connaît depuis quelques années une trajectoire clairement ascendante - ce qui est plutôt rare dans une scène death metal aujourd'hui saturée, hyper-marketée et obsédée par la nostalgie.
Très peu de groupes peuvent rivaliser avec leur constance.
Peut-être Morbid. Et éventuellement Disma.
À part eux... difficile de trouver beaucoup de prétendants sérieux.
Découvrir : La Bible du Death Metal: Un Voyage à Travers le Monde de la Brutalité Morbide