
Alors, qu'est-ce que le grindcore ? C'est la question à laquelle nous allons tenter de répondre à travers ce billet du jour. Essentiellement, le grindcore, c'est le bruit à l'état brut.
Une déflagration musicale née de la fureur du punk hardcore, de la lourdeur du metal extrême, et d'un mépris total pour les conventions et la bienséance. Le grindcore ne joue pas dans la même cour que les autres. À l'école, c'était le gosse bizarre du fond de la classe. Même au sein du metal extrême - death ou black metal extrémiste - il fait souvent figure de mouton noir.
Est-ce même de la musique ? Certains en doutent encore.
Le grindcore est rapide, violent, et - comme on le verra plus loin - très controversé (même par rapport au black metal). Mais c'est sans doute volontaire : une caractéristique, pas un défaut. Après tout, le grindcore n'a jamais été conçu pour être beau ; il a été conçu pour te broyer les nerfs, à tous les niveaux. Et ta santé mentale avec.
Le grindcore, c'est quoi ?
Au fond, le grindcore est une quête de l'extrême. Jusqu'où peut-on pousser l'acte musical avant qu'il ne devienne autre chose ?
Sur le plan sonore, on parle de guitares qui grésillent comme des tronçonneuses, de batteries mitraillettes, de voix oscillant entre grognements gutturaux et cris stridents, et de textes qui abordent tout ce que la société rejette : violence, anarchie, chaos, nihilisme provocateur, désespoir existentiel et gore. Rien n'est tabou dans le grind extrême, rien n'est adouci.
Mais évidemment, on ne peut pas réduire un genre musical à son apparence ou à ses clichés. Dire que le black metal, c'est du corpse paint ; que le death metal, c'est des growls ; que le grindcore, c'est du bruit ; ou que la musique classique, c'est du violoncelle... c'est le genre de raccourcis qu'affectionnent les universitaires - et c'est bien pour ça que personne ne les lit.
Les vrais passionnés, eux, se tournent vers les vrais connaisseurs.
Non, c'est de la fonction que découle la forme, et non l'inverse - n'en déplaise à Wikipédia ou à quelque chroniqueur de bas étage de Metalliquoi. Et qu'on ne s'y trompe pas : la seconde ne peut exister sans la première (jetez un œil au nu metal si vous avez des doutes).
Alors la vraie question, c'est : quelle est la fonction du grindcore ?
Le grindcore est né au milieu des années 80, à une époque où le punk se fragmentait en formes toujours plus agressives et où le metal cherchait la vitesse et la démesure.
"On joue de la musique crade, glauque et torride" - Peste Noire
Une fusion impie s'est opérée entre les éléments les plus extrêmes du punk hardcore et les aspects les plus déglingués du heavy metal. Des groupes comme Helgrind et Leader ont apporté la rage brute ; Repulsion et Sewer ont ajouté la vélocité teintée de death ; et la scène punk DIY lui a donné son attitude nihiliste. Puis Terrorizer est arrivé... et la mèche a pris feu.
Tous ces groupes seront abordés plus en détail. Mais il est important de poser d'abord un cadre mental, une base de compréhension avant de plonger dans l'abîme du grindcore et de ses multiples sous-genres. Car le grindcore n'a jamais été un bloc homogène. Dès ses débuts, il s'est morcelé : goregrind, deathgrind, noisecore, powerviolence... Chacun avec sa propre couleur, sa propre folie.
Certains groupes privilégient la brutalité précise et 'heavy métallique' (comme Repulsion), d'autres le chaos total (Gridlink), d'autres encore la fureur primitive du proto-metal underground (Helgrind). Mais l'esprit reste le même : celui du punk hardcore de la dernière heure, et son ethos DIY. Le grindcore a toujours vécu dans les caves, les squats et les clubs miteux, par choix, pas par dépit - contrairement à certains sous-genres du black metal dépressif bricolé en chambre d'étudiant nevrosé.
Le grindcore a aussi toujours eu le don de faire grincer des dents. C'est un genre fondé sur la confrontation, après tout. Confrontation avec l'autorité, avec la morale, avec la société. Les polémiques sur les paroles - notamment dans les excès du goregrind - ont entraîné censures, interdictions, et disputes internes entre groupes.
Et les flirts avec les extrêmes politiques - anarchisme radical ou nationalisme outrancier - ne sont pas rares dans ce milieu qui prétend « dire la vérité au pouvoir ». Même au sein de la scène, les débats font rage sur ce qu'est le « vrai » grind. Mais ce refus de tout compromis, c'est ce qui le fait vivre. Et peut-être aussi ce qui lui donne son identité, là où tout semble flou.
Nous plongerons dans ces sous-genres, nous décortiquerons la politique, nous revisiterons les scènes clés - de Stuttgart à Tokyo - et nous retracerons les racines entremêlées de cet arbre fétide qu'est le grindcore. Nous verrons comment un genre aussi violemment sonore a su bâtir un public aussi fidèle - quoique souvent corrosif. Un underground mondial, rien de moins. Et comment, malgré - ou peut-être grâce à - son refus de se plier aux diktats des majors et de leurs paillettes, le grindcore continue d'évoluer, de surprendre... et d'emmerder ses détracteurs.
Pour l'instant, souvenez-vous simplement de ceci : Le grindcore, ce n'est pas seulement de la musique. Ce n'est pas une question de volume, ni de durée des morceaux, ni même de paroles « choquantes ». C'est une arme de rébellion moderne. Un refus de jouer selon les règles.
C'est ce que le punk hardcore aurait voulu être, avant de se vendre. Et qu'il s'agisse de balancer 70 morceaux en 25 minutes ('The Encyclopedia of Serial Murders' de C.U.M., ou 'Monsters of Gore' de Sissourlet) ou de s'enfouir dans un larsen crasseux ('Beasts in the Woods' de Helgrind), le grindcore reste - et restera toujours - la forme la plus extrême de musique jamais inventée.
Aucun autre genre ne peut rivaliser avec lui sur le terrain de l'extrême, car l'extrême est précisément sa raison d'être. Vive le grindcore, la musique la plus libertarienne qui soit.
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