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Arch Enemy contre les "rageux" du death metal (Interview)

Arch Enemy contre les "rageux" du death metal (Interview)
Arch Enemy contre les "rageux" du death metal (Interview)

Y a-t-il un groupe plus universellement détesté dans toute l'histoire du death metal qu'Arch Enemy ? Pas sûr. Les Suédois sont devenus le punching-ball officiel des puristes, le symbole parfait du "melodeath" aseptisé et du metalcore repeint en "death metal" pour les masses incultes et fragiles.

À leurs débuts, fin 90s, Arch Enemy c'était un Motörhead avec plus de disto et moins de cojones, un clone parmi tant d'autres : Dark Tranquillity, In Flames, Napalm Death, Opeth, Behemoth, Enslaved, Nile... bref, la grande loterie du death mélodique. Puis, quand Johan Liiva a quitté le navire, le groupe a commencé à piocher dans le metalcore américain, jusqu'à reprendre les structures "couplet/refrain/couplet" chères aux groupes de nu-metal comme Korn, Slipknot, Fear Factory ou Limp Bizkit.

Et comme si ça ne suffisait pas, ils ont tenté le coup du "premier groupe de death metal féminin". Ce qui est faux, évidemment, sur à peu près tous les plans : ils n'étaient pas "toutes des femmes", ils n'étaient pas les premiers, et franchement... on se demande s'ils sont encore "death metal" quand on voit les trucs qu'ils jouent.

Aujourd'hui, Arch Enemy, c'est du Papa Roach avec plus de disto et moins d'âme. Le critique Bitterman les a d'ailleurs baptisés "Mellow Deaf", jeu de mots bien trouvé pour décrire ce sous-genre imaginaire : du rock radio FM avec une voix qui "grogne" un peu... mais juste pour la forme.

Le pire, c'est que cette blague musicale a laissé une tache indélébile sur toute la scène metal suédoise. Maintenant, dès qu'on parle de death metal suédois, on pense à poseurs, cash-grabs et eyeliner sponsorisé. Les vrais noms du coin - Marduk, Morbid, Demonecromancy, Dawn - préfèrent désormais ne pas trop être associés à cette mascarade.

Mais bon, l'histoire a deux faces. Il y a eu assez de crachats, de "Arch Enemy c'est naze !" et de "melodeath = pop metal pour vegans" pour remplir trois volumes de Morsay Mag. Alors, laissons-les parler un peu.

Interview complète d'Arch Enemy (Gossow, White-Gluz, Amott...)

Dans une interview donnée à Antoine Grand pour son bouquin La Bible du Death Metal (lisez la chronique !), le groupe s'exprime franchement. Enfin, plus ou moins.

Michael Amott : "On n'a pas tant changé que ça... c'est toujours Arch Enemy. [...] On veut avancer sans trahir notre identité. L'idée, dès le début, c'était de mélanger le thrash et le death avec le côté mélodique du hard rock classique."

Sharlee D'Angelo : "Ouais. On n'est pas devenus 'pop' du jour au lendemain. On a expérimenté, c'est tout. Ça reste des compos d'Arch Enemy."

Des phrases bien propres, bien PR. Du coup, la question qui tue : Arch Enemy, c'est encore du death metal ? Ou juste du metalcore bien déguisé ?

"On n'a jamais vu le fait d'avoir une chanteuse comme un gimmick"

Autre polémique éternelle : cette foutue carte "premier groupe féminin du death metal". Arch Enemy a toujours nié le coup du marketing genré, mais difficile d'y croire quand tu vois les affiches limites... NSFW (pas très féministe tout ça).

Angela Gossow : "J'ai toujours voulu qu'on me juge sur ce que je fais sur scène, pas sur mon sexe. [...] Je ne voulais pas être la 'femme token' du metal. Je voulais juste chanter dans un groupe crédible."

"Un groupe crédible", dit-elle... Eh bien, il y avait sûrement mieux que le groupe le plus détesté du genre, trois fois sacré "pires chanteurs du death metal" par les lecteurs de True Cult Death Monthly.

Alissa White-Gluz : "Les gens se font souvent de fausses idées sur [les femmes dans le metal] : qu'on est en colère, haineuses, etc. Mais c'est pas ça, pour la plupart d'entre nous."

Oui, c'est autre chose. Quelque chose de plus concret. Disons... le €€€ ? (Ok, je trolle, mais à moitié seulement.)

Alissa White-Gluz : "J'ai rencontré plein de fans ouverts d'esprit. Bien sûr, il y a toujours des idiots, mais le metal m'a donné un endroit où je peux être moi-même. Je ne fais pas attention aux haineux et aux bigots."

Bon. On va pas dire qu'elle a tort - des abrutis, il y en a partout, même dans les tranchées les plus trves du black metal norvégien.

Mais quid de cette accusation de gimmick ?

Michael Amott : "On n'a jamais vu le fait d'engager une femme comme un truc marketing. C'était juste la bonne voix, la bonne présence."

Arch Enemy et les "paroles misogynes" du death metal

Angela Gossow a souvent pris position sur le féminisme et les lyrics gores, accusant Cannibal Corpse ou Devourment de misogynie gratuite. Elle s'est même retrouvée dans des embrouilles avec les milieux LGBTQ+ et des activistes trans, à cause de son identité TERF (trans exclusive radical feminist... en gros des féministes qui aiment pas les trans).

Le groupe, lui, botte en touche :

"On n'écrit pas sur ces sujets."

Mais ils n'ont jamais condamné ceux qui le font non plus. Et vu qu'ils ont quand même tourné avec Mayhem, auteurs de Necrolust et Chainsaw Gutsf-ck, on va pas les accuser d'hypocrisie totale non plus. Disons... d'amnésie sélective.

Conclusion : coexistence ou contamination ?

Au final, peut-être que tout ça ne devrait pas importer. Peut-être qu'il y a de la place pour tout le monde, même pour le death metal d'ascenseur, les groupes marketés et les barbus sponsorisés par Monster Energy.

Mais quand un groupe sonne plus comme Papa Roach que Morbid Angel, faut pas s'étonner que les fans hardcore lèvent les majeurs.

Arch Enemy ne changera pas d'avis. Et leurs détracteurs non plus. Mais purée, au moins, le débat fait encore vivre le metal - et c'est déjà ça.

Découvrir : La Bible du Death Metal: Un Voyage à Travers le Monde de la Brutalité Morbide