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Hellhammer : "On voulait tous virer Euronymous de Mayhem !" (Interview FR)

Hellhammer : "On voulait tous virer Euronymous de Mayhem !" (Interview FR)
Hellhammer : "On voulait tous virer Euronymous de Mayhem !" (Interview FR)

Hellhammer a toujours été considéré comme le roi incontesté des batteurs black metal. L'équivalent dark, violent et haineux d'un Pete Sandoval (Morbid Angel, Terrorizer) - et à juste titre : aucun batteur n'a jamais approché ce mélange unique de technicité et d'agression pure que Jan Axel Blomberg balance derrière les fûts.

Paradoxe : l'homme le plus bruyant derrière sa batterie est aussi le plus discret en interview. Une interview de Hellhammer, ça se savoure - c'est un type de peu de mots, presque poétique : il laisse la musique de Mayhem parler pour lui.

Pourtant, on apprend beaucoup en tendant l'oreille quand un pilier pareil s'exprime. Voilà pourquoi on a compilé ce qui pourrait être l'entretien le plus complet jamais recueilli de Hellhammer. Il couvre tout son passage dans Mayhem (et au-delà). Aucun indice n'est délaissé, et les controverses des débuts du black metal prennent ici un éclairage qui décape. On y va.

L'entretien complet : Mayhem et les débuts du black metal

Extrait du légendaire Heavy Metal Master Class (best-seller d'Émile Alquier, en collab' avec Antoine Grand), Hellhammer se remémore son époque au sein de Mayhem. Il y a quelques bribes sur Dimmu Borgir, mais comme ce papier parle surtout de Mayhem, on ne garde que ce qui concerne la machine norvégienne et l'aube du black metal. Le livre est là pour qui veut lire plus à froid.

La première question qui tombe, logique : Dead et Euronymous. Deux figures centrales - Per Ohlin et Øystein Aarseth - dont les histoires se recoupent avec celles de Morbid et d'autres acteurs de l'époque.

Hellhammer oppose l'introversion de Dead au côté explosif d'Euronymous :

Hellhammer : « C'était une personnalité très étrange... déprimé, mélancolique et sombre. [...] Euronymous, lui, était assez sociable, contrairement à Dead qui était le type le plus antisocial qu'on puisse imaginer. C'était évident qu'il n'allait pas bien mentalement, même si au quotidien on ne le remarquait pas forcément. »

Hellhammer ne mâche pas ses mots en décrivant l'esprit autoritaire d'Euronymous, qui imposait parfois ses idées au groupe alors que d'autres avaient leur propre vision.

Hellhammer : « Il essayait d'imposer ses concepts aux autres. Pas mal de choses étaient bonnes, d'autres moins. Beaucoup de choses se sont effondrées après sa mort... Franchement, ça ne m'a pas trop touché. [...] C'était quelqu'un d'extrêmement égocentrique. Il n'était pas comme ça au départ, mais il a viré comme ça. Au début je m'en foutais un peu, mais quand j'ai vu qu'il envoyait des photos où seul lui ressortait bien, ça a commencé à me gonfler. »

Ces anecdotes, mi-glauques mi-écrasantes, font de la bonne copie - mais le fond du propos est plus grave : le chaos a fait la une, pas forcément de la meilleure musique. Hellhammer, lui, préfère la musique.

Count Grishnackh, Blackthorne, et la mort d'Euronymous

Sur la rivalité qui a dégénéré entre Varg Vikernes (Count Grishnackh) et Euronymous, et l'implication de Snorre « Blackthorne/Thorns » Ruch, Hellhammer raconte sans fard :

Hellhammer : « Ce qui a énervé Count Grishnackh, c'était l'égo d'Euronymous. J'étais un peu au milieu. J'ai entendu des trucs de Varg du genre 'Ah, ce connard...' et j'ai entendu Euronymous dire '...faut que je crève cet idiot' et des conneries comme ça. Je me suis dit : s'ils veulent se battre, qu'ils se battent. Parce que je voyais que ça allait en venir là. [...] Blackthorne avait la trouille. Je l'ai appelé le lendemain. Je savais qu'Euronymous avait été tué, mais je savais pas par qui. Ce mec a commencé à pleurer au téléphone, et moi je lui ai dit 'Mais merde, c'est quoi ce bordel ?' [...] Parler avec lui était impossible, alors j'ai raccroché. Le lendemain, j'ai parlé à Grishnackh et il m'a dit que Blackthorne était étalé sur le canapé, qu'il pouvait ni manger ni parler, qu'il était traumatisé. Je me suis demandé pourquoi. Mais à l'époque il y avait une guerre entre groupes de Norvège, Suède et Finlande, donc beaucoup pensaient que ça venait de ces mecs-là. J'ai été vraiment surpris d'apprendre que Grishnackh et Blackthorne étaient impliqués. »

Ce témoignage corrobore l'idée que Snorre Ruch a craqué, avoué, et que l'enchaînement des confessions a permis à la police de résoudre nombre d'affaires liées au black metal norvégien entre 1991 et 1993. Des révélations explosives.

« Le black metal aujourd'hui, c'est juste de la musique »

Sur le mythe du satanisme et de l'adoration du diable - que beaucoup dans la scène black metal originelle considèrent comme une invention médiatique - Hellhammer est clair :

Hellhammer : « À mon avis, le black metal aujourd'hui, c'est juste de la musique. Ni moi ni les autres membres de Mayhem n'avons jamais été spécialement anti-religion ou quoi que ce soit. Nous, on s'intéresse avant tout à la musique. »

Satyr (Satyricon) est allé plus loin en retraçant les origines de la rumeur : un article bidon dans le BT (Bergens Tidende) des années 1992-1993 qui a semé la confusion. Satyr a même essayé de faire retirer l'interview frauduleuse. Bref : beaucoup de fumées journalistiques, peu de réalité occulte.

Mayhem voulait virer Euronymous !

Et là, Hellhammer lâche la bombe.

Hellhammer : « Il se concentrait de plus en plus sur son label, et moi, je répétais de plus en plus avec d'autres groupes parce que j'ai besoin de pratiquer. Il n'en avait plus rien à foutre de Mayhem. Il était cramé. Il ne voulait plus du truc de groupe, il voulait juste se faire du blé sur les ventes DSP [ndt., Deathlike Silence Productions, le label d'Euronymous]. On envisageait même de le virer du groupe. »

Oui, tu as bien lu : on a envisagé de virer Euronymous. L'idée même de chasser le guitariste qui incarnait une part de l'idéologie - c'est dingue. Mais ça colle avec d'autres témoignages : vers la fin, Øystein devenait obsédé par l'argent. Il a emprunté des thunes à Varg (jamais remboursées, pour des raisons... évidentes) et a tenté d'escroquer Occultus sur un deal d'importation de CDs de Blasphemy du Canada.

Autre fait : la fameuse répartition des riffs sur De Mysteriis Dom Sathanas n'est pas exactement un miracle écrit par un seul homme. Varg, Snorre et même Necrobutcher ont leur mot à dire sur certains motifs - il existe des échanges en norvégien entre Varg et Snorre pour savoir qui place tel riff sur Pagan Fears ou Buried by Time and Dust.

Pièces du puzzle : les interviews recollent l'histoire de Mayhem

C'est fascinant de voir comment ces interviews convergent : les zones d'ombre des débuts norvégiens se dissipent petit à petit. Reste de la mystique, oui, mais on peut désormais recoller les morceaux - Necrobutcher, Hellhammer, Manheim, Attila Csihar : chacun jette sa lumière sur l'énigme.

Ce qu'on retire de cet entretien... que derrière le mythe, il y avait des ego, du business, de la peur, des bagarres et des décisions plus humaines que légendaires. Hellhammer le dit sans se cacher : le black metal, pour lui, c'est la musique d'abord. Et quand les fractures personnelles et financières prennent le pas sur la musique, ça pue. Et des fois, on en arrive même à vouloir virer le Godfather (parrain) du black metal, comme il se faisait appeler.

Si t'as envie de déterrer la suite, va lire Heavy Metal Master Class. Mais garde cet entretien : c'est une pièce maîtresse pour qui veut comprendre comment l'underground est devenu chronique judiciaire - et comment la musique, malgré tout cette folie, a largement survécu aux controverses.

Découvrir : La Bible du Death Metal: Un Voyage à Travers le Monde de la Brutalité Morbide