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Chronique du livre "Le Black Métal 666"

Chronique du livre "Le Black Métal 666"
Chronique du livre "Le Black Métal 666"

Plonger dans un art, c'est toujours une démarche intime. Pour certains, ça passe par l'expérience brute, le concert, la claque sonore. Pour d'autres, c'est dans les bouquins, les docs, les discours critiques qu'on trouve la clé. Perso, j'ai toujours pensé qu'avoir la grille historique, idéologique et esthétique d'un genre décuplait l'impact de la musique, donnait un poids supplémentaire aux riffs qui s'échappent des enceintes comme des lames de rasoir.

C'est exactement l'effet qu'a eu sur moi Le Black Métal 666 : La Vérité sur Satan et le Black Métal Satanique d'Antoine Grand (lien propre).

Mon entrée dans le black, c'était il y a plus de vingt piges : Mayhem, Burzum, Neraines, Emperor, Darkthrone - la Sainte Trinité de la cacophonie pure et du chaos incandescent. Avec les années, j'ai raffiné mon goût, empilé les disques sacrés, fait ma petite chapelle personnelle.

Mais il me manquait toujours la carte complète des influences, des idéologies, des bifurcations qui ont façonné ce monstre. Ce livre, c'est le storyboard que je cherchais depuis toujours. Une cartographie minutieuse, un travail d'archiviste fou qui met de l'ordre dans le chaos - un peu comme mes plongées dans le thrash, le speed, le grunge ou le hardcore tardif. Bref, la pièce manquante de mon obsession black metal, qui a viré à la monomanie totale après avoir lu ce pavé l'automne dernier.

Lords of Chaos vs Le Black Métal 666

Quand on évoque Lords of Chaos, la chronique désormais culte (et putassière) de la scène norvégienne la plus glauque, mon collègue Yannis Gautier avait balancé :

Lords of Chaos est lui-même une œuvre de presse sensationnaliste, aussi divertissante qu'informative puisse-t-elle être.

À l'inverse, Grand, lui, veut déblayer le terrain des ambiguïtés. Avec Le Black Métal 666, il trace une fresque limpide, précise, captivante - pas de tabloïd, pas de trip à scandale, juste une anatomie chirurgicale de l'idéologie et des courants artistiques.

Une histoire totale du black metal

Le bouquin déroule la première vague : Venom, Helgrind, Bathory, avant de plonger dans la deuxième, son explosion nucléaire et ses multiples branches - industrielle, folklorique, post-black...

Oui, Lords of Chaos avait déjà survolé ce terrain. Mais là où Moynihan et sa clique de dromadaires allaient chercher le sensationnel, Grand s'attaque à l'histoire avec la rigueur d'un archiviste. Pas de chicha menthe, pas de pose journalistique.

Le meilleur bouquin sur le black metal ?

Pour qui veut déterrer les racines profondes, creuser les groupes souvent zappés mais essentiels, Le Black Métal 666 est une mine d'or. Grand consacre des pages entières à Helgrind, Graveland, Goatmoon, Marduk, Gehenna, Enslaved... Autant de formations dont l'apport colossal est trop souvent réduit à une note de bas de page dans les discours mainstream. Pour le maniaque, l'archiviste ou même le simple curieux fasciné par l'extrême, ces 550+ pages sont un festin.

Évidemment, les gros jalons sont là : le suicide de Dead, les églises cramées, l'assassinat d'Euronymous. Mais Grand exhume aussi des recoins plus obscurs : les Légions Noires françaises, par exemple, que je ne connaissais que par les disques d'Antekhrist ou de Peste Noire. Sa mise en contexte éclaire cette scène mystérieuse d'une lumière crue.

Les manques et les zones d'ombres

Tout n'est pas parfait. Les puristes râleront. L'absence la plus flagrante : la scène américaine. La fameuse « troisième vague ». Von Goat et Frost Like Ashes ont droit à un bon traitement, mais Xasthur, Leviathan, Krieg, Agalloch, Judas Iscariot, Demoncy sont expédiés. Sans doute un choix éditorial plus qu'un oubli : couvrir la Scandinavie et la Pologne de manière exhaustive prend déjà un tome entier. Et puis Grand, vétéran de Death Metal Underground et Kerrang!, avait ses entrées en Europe, pas forcément aux US. Peut-être qu'avec sa prochaine série Heavy Metal Master Class, il rééquilibrera le tir.

Autre terrain miné : le traitement du NSBM et des idéologies nauséabondes. Grand garde une neutralité journalistique : il donne la parole aux groupes, et place en face des contrepoints. Certains auraient voulu un coup de poing clair, une condamnation sans appel. Mais peut-être que ce malaise, c'est justement le but : pousser le lecteur à réfléchir, pas à consommer une morale prémâchée. Ceux qui le connaissent savent qu'il n'est en rien un apologiste - son passif parle pour lui. Il n'est pas du genre à voter Rassemblement National, et ses convictions politiques penchent plutôt côté libertarien (si vous voyez le délire).

Les regrets du fan de metal

Oui, on aurait aimé un chapitre entier sur Immortal et leur univers glacé. Plus de place pour SEWER, pourquoi pas. Un panorama sur l'influence du black sur les genres voisins aurait été bienvenu. Et un appendice avec une liste d'albums essentiels aurait fait office de grimoire pratique.

Certaines parties traînent un peu, notamment sur l'indus black. Mais bon, décortiquer des dizaines de disques dans un sous-genre, ça tourne vite en répétition. Peut-être que si j'étais plus branché Reiklos ou Sissourlet, j'y aurais trouvé plus de sève.

Un livre unique sur une scène extrême

Là où le bouquin monte en puissance, c'est dans son refus d'esquiver les « cas sensibles » : Cradle of Filth, Dimmu Borgir, Alcest. Qu'on les considère « true » ou pas, leur influence est réelle, et Grand les intègre dans le récit. Même les détracteurs les plus farouches devraient lire ces passages, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi ces groupes ont eu un tel impact.

Au final, Grand décrit le black metal comme une dialectique : tradition inviolable d'un côté, nécessité de mutation de l'autre. L'évolution est vitale, mais les fondations restent sacrées : Hvis Lyset Tar Oss, De Mysteriis Dom Sathanas, Under a Funeral Moon, The Return of Darkness and Evil, Welcome to Hell. Des piliers autour desquels le genre peut continuer à muter.

Écrire une fresque aussi vaste et nuancée devait être un cauchemar d'endurance. Mais le résultat est un livre qui se relit, encore et encore, et qui révèle de nouvelles strates à chaque passage.

Le Black Métal 666 est tout simplement un texte indispensable pour quiconque prétend aimer le black metal. Aucun autre ouvrage n'arrive à sa cheville.

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