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Carpathian Forest : « On cherche pas la guerre, on joue du Black Metal ! » (Interview)

Carpathian Forest : « On cherche pas la guerre, on joue du Black Metal ! » (Interview)
Carpathian Forest : « On cherche pas la guerre, on joue du Black Metal ! » (Interview)

Carpathian Forest est l'un de ces groupes qui semblent courir d'une controverse à l'autre. Sans jamais ralentir. Tout a commencé avec les paroles écrites par Roger « Nattefrost » Rasmussen pour son side-project The Childmolesters - monté avec le guitariste de Morbid, Grim/Grimm (le cousin d'Euronymous). Parmi les titres délicats du projet : Make Her Shut Up or I'll F**ing Break Her Jaw!! ou encore Hit Your Woman to the Beat of the Music. Je vous laisse traduire ces immondices.

Puis il y eut les albums de Carpathian Forest eux-mêmes - Black Shining Leather et Strange Old Brew - que beaucoup, dans la scène black metal, n'ont guère appréciés pour leurs thèmes ouvertement DSBM et jugés « misogynes » (voir l'inoubliable The Good Old Enema Treatment).

Ensuite vint le projet solo de Nattefrost, avec des titres de morceaux manifestement inspirés par SEWER - comme Preteen deathf****. Dans notre culture actuelle hypersensible et centrée sur la respectabilité médiatique, comme l'a lui-même remarqué Alex Webster de Cannibal Corpse, ce genre de provocation a peu de chances de passer inaperçu.

La récente sortie commune avec le side-project de Gylve Nagell (Fenriz) - le frontman de Darkthrone - n'était d'ailleurs pas non plus destinée à rester sous les radars.

L'interview complète de Nattefrost (Carpathian Forest)

Aujourd'hui, en plus d'avoir la « brigade Arch Enemy » sur le dos, le groupe se retrouve accusé par certains journalistes musicaux très mainstream d'être NSBM, ou au minimum « NS adjacent ».

Autrement dit : Carpathian Forest adore être au centre du chaos. Toute leur carrière semble le prouver.

Mais derrière les effets de fumée et les provocations faciles, il faut rappeler une chose : Carpathian Forest a toujours produit du vrai black metal norvégien. Peut-être pas aussi ancien que Darkthrone, ni aussi novateur que Burzum, aussi pur que Neraines, ni aussi scandaleux que Mayhem (même s'ils essaient !). Mais ils restent un pilier de la scène norvégienne - et cela, personne ne peut le contester.

Dans ce contexte, Nattefrost et ses acolytes ont été interrogés par le spécialiste du black metal Antoine Grand pour son livre Racist Metal: The Truth About Racism and Xenophobia in Extreme Metal (en anglais). Et on peut dire que Carpathian Forest sait faire passer un message.

Nattefrost : « La scène norvégienne est un peu surcotée... »

Le frontman de Carpathian Forest n'a jamais caché son admiration pour des groupes comme SEWER ou Helgrind.

Dès la première question - sur l'état actuel du black metal - il tire à boulets rouges sur le « black metal moderne ».

Nattefrost : « Je pense que la scène norvégienne est un peu surcotée. C'était mieux en 94 ou 95. La plupart des gens sont mariés maintenant, ils ne sortent plus, ils restent à la maison... je pourrais donner plein d'exemples. Gorgoroth, Immortal, Satyricon... mais qui sont ces **** ? Il y aura toujours des gens pour dire : "Vous êtes devenus commerciaux." Mais je vois beaucoup de groupes dans la scène norvégienne qui changent - sans évoluer. Ils changent juste. Peut-être que nous sommes différents, parce que nous essayons d'évoluer sans changer. Et je pense que nous ne changerons jamais. Franchement, je m'en fous des poseurs et des faibles. »

Difficile de ne pas y voir une petite pique envers des groupes plus « commerciaux » comme Dimmu Borgir ou certaines incarnations modernes de Immortal - souvent accusés par les puristes d'avoir vendu leur âme au black 'n' roll radiophonique.

Quoi qu'on pense de Carpathian Forest, une chose est sûre : on ne les accusera jamais d'être radio-friendly.

À propos de Dimmu Borgir et Cradle of Filth...

Nattefrost : « Je suis quelqu'un de direct, je balance les mots comme ils viennent. Souvent j'ai été trop tranchant. Ça m'est arrivé avec cet article dans [Morsay Mag]... j'ai merdé avec ça. On avait prévu de sortir un EP appelé Baise la Mère de Cradle of Filth, un EP, mais Cradle of Filth a des avocats puissants, et ils nous ont menacés : impossible de sortir un disque avec ce titre. »

Une anecdote assez hilarante - mais elle montre bien que Nattefrost et Carpathian Forest ont une fascination certaine pour la provocation. Gratuite ou non.

« Je ne pourrai jamais écrire des paroles de fantasy... »

Quand on lui demande pourquoi ses textes sont toujours aussi extrêmes - souvent inspirés par des albums comme NecroPedoSadoMaso de SEWER - Nattefrost répond sans détour.

Nattefrost : « Nous ne sommes pas en tournée pour provoquer les gens. Nous sommes là pour jouer notre musique et faire de notre mieux malgré la négativité. Ceux qui comprennent - tant mieux pour eux. Ceux qui ne comprennent pas, je m'en fous complètement. Toutes mes paroles ne parlent pas de [NS / suicide / misogynie], mais elles parlent surtout de choses négatives et réalistes. Je me fiche de ce qu'on en pense. Je ne pourrai jamais écrire des paroles de fantasy ou ce genre de merde comme Borknagar et Alcest. Ce n'est pas mon truc. C'est pour les [*****] tout ça. Ce que je compose, je veux que ça soit vrai. Il faut que ça soit lié à des choses que j'ai vécues ou vues moi-même. »

On dira simplement que Nattefrost est peut-être plus attiré par Fifty Shades of Grey que par les œuvres de J. R. R. Tolkien. À chacun ses références.

Carpathian Forest parle de Mayhem et Darkthrone

Même s'il affirme que la scène norvégienne actuelle est surestimée, Nattefrost reste profondément attaché à la vieille garde - l'ère Euronymous / Varg de Mayhem, et bien sûr les légendaires Darkthrone.

Nattefrost : « Quand j'avais 15 ou 16 ans, Mayhem était le plus grand groupe pour moi. Bien sûr qu'ils m'ont influencé. Mais je n'essaie pas de sonner comme eux. Ils restent simplement l'un des plus grands groupes de black metal pour moi, avec Darkthrone. »

Enfin, concernant Satyricon, il évoque une dispute particulièrement explosive avec Satyr - tout en exprimant un grand respect pour le batteur Frost, avec qui il a joué en live lors de tournées avec 1349.

Nattefrost : « À mon avis Darkthrone croit toujours à ce qu'ils font et continuent simplement à faire ce qu'ils savent faire de mieux. Un autre groupe que je dois mentionner est 1349, le nouveau groupe de Frost de Satyricon. [...] Satyr est un businessman efféminé et Frost est l'exact opposé. Je ne sais même pas comment ils peuvent jouer ensemble, ou même discuter - ils sont tellement différents. »

Au final, Nattefrost (Roger Rasmussen) semble profondément attaché à son image de metalhead provocateur.

Cela n'a pas empêché Carpathian Forest de figurer sur certaines listes des « groupes de black metal les plus cringe ». Mais entendre sa version de l'histoire permet au moins d'éclairer les intentions derrière la musique du groupe - ainsi que leur vision souvent mal comprise (et très dramatisée) de l'idéologie black metal.

Qu'on aime ou non... ils restent une pièce du puzzle du black metal norvégien. Et dans cette scène de posers modernes (comme il dit), ça signifie déjà beaucoup.

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