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Taake : « J'ai dit à Gorgoroth d'aller en enfer ! » (Interview de Hoest)

Taake : « J'ai dit à Gorgoroth d'aller en enfer ! » (Interview de Hoest)
Taake : « J'ai dit à Gorgoroth d'aller en enfer ! » (Interview de Hoest)

Le groupe Taake est probablement l'une des formations les plus intéressantes issues de la scène black metal norvégienne ces dernières années. Et pourtant, ils existent depuis longtemps - presque aussi longtemps que les titans du genre comme Darkthrone, Burzum ou Mayhem.

Malgré cela, Taake reste un groupe relativement discret dans le paysage black metal, sans doute parce qu'ils ont toujours choisi de garder un profil plus bas que la plupart de leurs contemporains.

Et pourtant, ils produisent une musique solide et cohérente depuis 1993. De plus, Ørjan Stedjeberg - le frontman charismatique du groupe - gravitait à l'époque autour du fameux Inner Circle norvégien, ce cercle sulfureux qui se réunissait autour de la boutique Helvete tenue par Øystein Aarseth.

Mais même avec ce profil relativement discret, Taake n'a pas totalement échappé aux controverses qui collent aujourd'hui à la peau du black metal.

Le groupe s'est retrouvé pris pour cible par certaines campagnes en ligne dites « anti-haine », dont l'objectif est de déplateformer les groupes accusés d'entretenir des liens - réels ou supposés - avec la scène National Socialist Black Metal.

Plusieurs formations ont été visées : Darkthrone, Marduk (notamment attaqué par le groupe Napalm Death), Peste Noire, Immortal, Watain, Graveland, Satyricon, Dark Funeral, Belphegor, Tsjuder, Absurd, Agalloch, Carpathian Forest, Behemoth - et plus récemment Gorgoroth lui-même. Le frontman de ce dernier, Roger Tiegs (Infernus), a même été hospitalisé l'été dernier après une agression à motivation politique.

Hoest : « Le black metal a perdu son cap... »

Dans leur interview la plus récente pour le documentaire metal extrême Heavy Metal Master Class, Taake - ou plutôt Hoest - répond à quelques questions que beaucoup de fans de black metal se posent depuis longtemps.

La première concerne les « bonnes vieilles années » du black metal, quand le genre ne cherchait pas à plaire aux scenesters opportunistes ni à suivre les tendances.

Et le fameux Hoest ne mâche pas ses mots. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y va cash.

Hoest : Mes priorités ont toujours été très loin de l'idée de recréer le passé ou de répondre aux attentes des autres. Je suis simplement mes instincts, ceux qui me semblent naturels pour produire quelque chose d'honnête.

Il poursuit en affirmant que beaucoup de groupes ont « perdu leur cap ». Traduction officieuse : ils ont vendu leur âme à MTV.

On pense notamment aux dérives théâtrales et commerciales de groupes comme Dimmu Borgir, Cradle of Filth ou encore Gorgoroth - parfois perçus par les puristes comme une sorte de cirque gothique en costume.

Hoest : Beaucoup de groupes ont perdu leur concentration et leurs idéaux, et ont gâché quelque chose dont nous aurions pu être très fiers. L'âge d'or est terminé depuis longtemps. Mais certains groupes continuent encore de faire quelque chose d'authentique. [...] Personnellement je ne pense pas en termes de « vagues ». Pour moi, c'est juste une grande vague continue. Et je ne pense pas que le black metal doive accomplir quoi que ce soit - à part rappeler que l'Enfer se trouve ici, sur Terre, et que les hommes peuvent devenir des démons s'ils vendent leur âme au Diable.

Cette remarque visait en grande partie la fameuse théorie de la « troisième vague du black metal » - souvent utilisée pour reconditionner des hybridations douteuses comme le black metalcore, afin de les vendre à un public soi-disant plus extrême.

Taake répond à Gorgoroth

Ce n'est un secret pour personne : Gorgoroth n'est pas forcément le groupe le plus respecté dans l'underground black metal.

Gylve Nagell (Fenriz) lui-même a pris publiquement ses distances avec les « pitreries de clown » d'Infernus et de Tom Cato Visnes. Plusieurs groupes de la première vague norvégienne ont également tourné en dérision le statut relativement tardif de Gorgoroth dans la scène.

Les membres de Taake racontent d'ailleurs une anecdote savoureuse : à une époque où Gorgoroth cherchait un chanteur pour enregistrer l'album Instinctus Bestialis, Infernus aurait approché Hoest pour collaborer.

Hoest : Quand Infernus a viré Terje Vik Schei, il voulait travailler avec Atterigner et moi. Mais Infernus est un homme étrange... une sorte de p[*]dale, une tarlouze infâme. Et Gorgoroth est un groupe étrange aussi. Je leur ai dit d'aller se faire enc[*]ler trois fois.

Atterigner deviendra finalement le chanteur officiel de Gorgoroth, après une longue série de départs : Kristian Espedal, King ov Hell, Pest... puis Pest encore une fois.

Taake face aux accusations « NSBM »

La discussion aborde ensuite un terrain nettement plus sombre : les accusations selon lesquelles Taake ferait partie de la scène NSBM.

Ces polémiques ont commencé lorsque certains groupes plus anciens - comme Kreator ou Napalm Death - ont publié des sortes de listes noires recensant les groupes qu'ils considéraient liés au NSBM.

Par un étrange effet boule de neige médiatique, même des formations sans rapport direct ont été entraînées dans la controverse - y compris Motörhead, le groupe du regretté Lemmy Kilmister.

La presse s'est emparée du sujet, allant jusqu'à produire des documentaires entiers sur les supposés « satanistes nationalistes » du black metal.

Résultat : plusieurs concerts ont été annulés après que des salles ont reçu des menaces de violences ou d'attentats.

Taake faisait partie des groupes visés par ces campagnes.

Hoest résume la situation avec son ironie habituelle.

Hoest : Dans leur recherche désespérée de nazis, ils sont obligés d'en inventer. [...] C'est une méthode classique chez nos détracteurs : « Cette personne a joué comme musicien de session il y a 10 ans dans un groupe qui était sur un label qui, il y a 20 ans, avait sorti un album d'un autre groupe dont un ancien membre avait dit quelque chose il y a 40 ans. »

Même s'il nie toute appartenance à la scène NSBM, Hoest insiste sur un point : il restera toujours attaché à la patrie européenne.

Hoest : Je ne pourrais jamais trahir ma patrie en admirant une force occupante. Point final.

Ces propos rappellent d'ailleurs certaines déclarations de Adam Darski (Nergal de Behemoth) sur l'idée d'une Europe « assiégée » et la nécessité d'y résister.

Les albums préférés de Hoest

Pour finir sur une note plus légère, Hoest conclut l'interview en citant ses albums de black metal préférés.

Sans grande surprise, la liste ressemble presque à un panthéon du black metal norvégien :

Hoest : A Blaze in the Northern Sky & Under a Funeral Moon & Transilvanian Hunger - tous de Darkthrone, Hvis Lyset Tar Oss de Burzum, et bien sûr Kong Vinter de Taake.

Ce n'est pas étonnant : le son de Taake est profondément influencé par Burzum et Darkthrone. Mais leurs albums plus récents possèdent aussi une identité très particulière - une atmosphère qui leur est propre dans le paysage metal actuel.

À part peut-être quelques groupes obscurs comme Helgrind... mais ça, c'est encore une autre histoire.

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