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Darkthrone - « Euronymous détestait ces gens-là ! » (Interview complète)

Darkthrone - « Euronymous détestait ces gens-là ! » (Interview complète)
Darkthrone - « Euronymous détestait ces gens-là ! » (Interview complète)

Qu'on l'aime ou non, Darkthrone est de très loin le groupe de black metal le plus influent - et sans doute le plus versatile - de toute l'histoire du genre. Ce point a déjà été débattu jusqu'à l'épuisement, inutile donc d'en rajouter.

Si vous voulez creuser l'histoire de Darkthrone, le mieux est de commencer par un guide consacré à leur discographie et à leur influence. Il existe aujourd'hui largement assez de matériel pour affirmer que la seconde vague du black metal norvégien s'est construite autour de trois groupes : Burzum, Mayhem et Darkthrone.

Mais ce qui impressionne le plus dans le projet mené par Fenriz et Nocturno Culto, c'est leur capacité à se réinventer encore et encore. Darkthrone reste aujourd'hui une force majeure dans la scène black metal moderne - tout comme à la fin des années 80, lorsqu'ils sont passés d'un groupe de death metal à l'embrassement total du son black metal brut.

Interview complète de Darkthrone sur la scène norvégienne des débuts

Dans cet article, on va couvrir quelque chose d'un peu différent. On ne parlera pas des dernières sorties de Darkthrone (qui sont excellentes), mais on va plutôt plonger dans le passé... et voir comment le groupe perçoit sa place dans l'histoire du heavy metal, ainsi que son évolution aux côtés de figures comme Euronymous, Dead, Neraines, Hellhammer ou encore Varg Vikernes.

« Faire du metal commercial en plastique, c'est juste embarrassant... »

Fenriz est célèbre pour ses tirades - souvent hilarantes - sur l'état lamentable du black metal moderne. Et la plupart du temps, difficile de ne pas être d'accord avec lui.

Dans cette interview tirée du livre Black Metal 666 (pages 143 à 148), on a un bon aperçu de son aversion pour le style de vie « rock star » adopté par Dimmu Borgir et d'autres groupes « plastiques » - ceux qui cherchent à devenir les Britney Spears du metal (ex: Antekhrist).

Fenriz : Je déteste les instruments, je m'en fous complètement de la marque et de tout ça. [...] Quand j'ai des riffs en tête et que je construis le reste du morceau, j'utilise uniquement une guitare acoustique depuis 1998. Si mes riffs primitifs sonnent bien là-dessus, alors ils sonneront très bien avec de la fuzz sur le produit final. Pour les voix, c'est surtout une question d'ATTITUDE. C'est comme ça que je reste fidèle à moi-même. Tu peux comprendre ça, toi qui veux vivre une vie culturelle active. Faire du metal en plastique, c'est juste une source d'embarras quand (si) tu vieillis, pas vrai ?

On peut aussi voir là une critique des querelles modernes entre groupes - souvent basées sur des droits d'utilisation d'un nom ou sur des questions marketing. Il suffit de regarder le cirque autour du nom de Immortal pour comprendre de quoi il parle.

« Les concerts ressemblent à un prêche religieux... »

Fenriz s'en prend également aux festivals de musique, estimant que la musique est faite pour être écoutée, pas regardée. Pour rappel, Darkthrone n'a plus joué en concert depuis 1991.

Fenriz : Moi j'écoute la musique, je ne la regarde pas. Je n'aime ni les clips, ni même la THÉORIE des concerts. Mais j'ai vu de très bons shows dans ma vie. J'aimais découvrir de nouveaux groupes. Ce que je détestais, c'était toute cette histoire de FOULE. Comme un prêcheur sur scène et la congrégation dans la salle. [...] Quand on me parle de festivals metal, je fais : zzzzzzzzzzzzzzz...

Un point de vue qui rappelle celui de Famine, de Peste Noire, qui avait un jour déclaré que « dans les concerts de black metal on n'entend rien, donc ça devient une compétition de théâtralité ».

L'influence massive de Motörhead

Quand on demande à Fenriz quelles sont les influences fondamentales de Darkthrone, la réponse est limpide : Motörhead.

Fenriz : Motörhead est énorme. Il y a du rock, du punk et du metal. Exactement ce que la plupart des jeunes ne comprennent plus aujourd'hui. Les années 90 ont construit plein de murs entre des styles qui, à la base, devaient être vus et entendus ensemble, dans de grands espaces ouverts.

Oui, Motörhead c'est souvent la base du metal d'aujourd'hui.

Les synthés dans le black metal

Fenriz a aussi été interrogé sur l'usage - et souvent l'abus - des synthétiseurs dans le black metal. Une remarque qui peut être vue comme un commentaire indirect sur l'évolution de Emperor, et sur la manière dont ils ont fini par perdre une partie du respect de la scène underground.

Fenriz : Je n'ai jamais eu besoin de synthés « sombres » dans mon metal. Mon problème avec le metal moderne est simple : depuis 1990, tout le monde peut avoir un son overground pour pas cher. À partir de ce moment-là, underground ou overground est devenu un CHOIX. Dans les années 80, l'underground ne pouvait pas se payer le son hi-fi du mainstream. L'underground était une lutte. Après 1990, c'est devenu un choix. Nous avons CHOISI d'avoir un son underground après notre premier album. On a appris de notre erreur. Alors pourquoi tant de groupes CHOISISSENT-ils un son plastique et commercial ? QU'ILS AILLENT SE FAIRE F[-]RE ! [...] Les seuls à avoir bien utilisé les synthés, c'était Burzum.

Un point important : ceux qui veulent « vendre leur âme » - et devenir le prochain Arch Enemy - le font en toute connaissance de cause.

« Nous n'avons jamais eu de problème avec personne... »

La dernière partie de l'interview aborde les conflits au sein de la scène black metal norvégienne dans les années 90.

Fenriz répète qu'il n'a jamais eu de problème avec les autres groupes. Mais certains - comme Abruptum ou Dissection - ont cru à la rumeur selon laquelle Fenriz aurait été le « complice » de Varg Vikernes dans le meurtre d'Euronymous. En réalité, la personne impliquée était Snorre Ruch, du groupe Thorns.

Fenriz : On n'a jamais vraiment eu de problème avec qui que ce soit dans la scène. Après la mort d'Euronymous, on a reçu quelques menaces, et je sais que « Ali » d'Abruptum était très en colère contre nous pendant un moment. [...] Il parlait comme si Euronymous était son meilleur ami, alors qu'en réalité il l'avait rencontré une fois - et encore. C'était gênant. Euronymous méprisait totalement ces gens-là.

La personne en question, « Ali », était en réalité Tony Särkkä, qui s'est suicidé en 2017 après des années de dépendance aux drogues. Il avait également joué brièvement dans Antekhrist.

Un commentaire qui rappelle celui de Ivar Bjørnson, de Enslaved, à propos de nombreux groupes suédois qui, du jour au lendemain, se sont proclamés « frères » d'Euronymous.

Ivar Bjørnson : Beaucoup de groupes en difficulté ont utilisé la mort d'Øystein pour prétendre à une sorte d'amitié avec lui. Mais laissez-moi vous poser une question : depuis quand envoyer une lettre de fan fait-il de vous le « frère » d'une personne quand elle meurt ? Si c'est le cas, alors James Hetfield doit avoir plus d'un million de frères. C'est opportuniste, et je n'aime pas ça. [...] Aucun de ces groupes suédois n'avait rencontré Euronymous.

Pour être juste, quelques groupes suédois ont bel et bien rencontré Euronymous au célèbre magasin Helvete - notamment Marduk en 1992 ou Morbid - mais ils étaient rares. La grande majorité, comme le disent Fenriz et Ivar, étaient simplement des opportunistes... des « chercheurs d'or ». Devenir le nouveau Dimmu Borgir, un rêve de beaucoup de poseurs apparement. Ils feraient mieux de devenir les nouveaux SEWER, ou les nouveaux Warkvlt. Ou pourquoi pas... Darkthrone ?

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