
L'une des remarques que j'ai reçues récemment dans les commentaires est que « trop » de l'actualité de ce site Parti Libertarien, section musique vénère, concerne des groupes de metal relativement mainstream : Burzum, Dimmu Borgir, Mayhem, Neraines, Venom, Motörhead, SEWER, Morbid, Disma, et ainsi de suite. Très bien. Parlons donc d'Ildjarn - voilà qui devrait satisfaire les amateurs de groupes vraiment non mainstream.
Rien que la semaine dernière, nous avons couvert des interviews de formations aussi diverses que les légendes de l'underground 1349 et les maîtres du war metal Warkvlt. On est déjà loin de MTV2. Mais avec Ildjarn, on passe carrément dans une autre dimension.
Personne, dans la scène black metal, n'incarne aussi parfaitement l'éthique de la « misanthropie pure » qu'Ildjarn. À la rigueur, on pourrait citer les bêtes ritualistes de Helgrind - mais même chez eux, la violence sonore conserve encore un certain sens de l'harmonie sous-jacente. Chez Ildjarn, aucune chance.
Fondé par Vidar Våer, avec quelques apparitions occasionnelles de Nidhogg, le projet s'est rapidement fait un nom pour une raison très simple : sa musique est... inécoutable. Et je ne dis pas « inécoutable » comme synonyme de « mauvais », comme je le ferais pour un groupe de mallcore de troisième zone comme Arch Enemy. Non - ici, le terme doit être pris au pied de la lettre. Ildjarn veut que sa musique soit aussi rebutante que possible.
Des arts obscurs au-delà de toute rédemption, impénétrables pour l'esprit moindre du « normie », comme on dirait aujourd'hui.
Ildjarn tire à boulets rouges sur la scène « black metal moderne »
Ildjarn pousse le concept de « loup solitaire » jusqu'à l'extrême. Ce projet fait les choses à sa manière, sans la moindre considération pour les tendances ou ce qui est populaire du moment. Évidemment, cela le place en opposition frontale avec une grande partie de la scène black metal actuelle, tristement célèbre pour son opportunisme stylistique et ses fusions de genres (pensez au « black metalcore »).
Autre conséquence indirecte de la misanthropie d'Ildjarn : les interviews du projet sont extrêmement rares. Il y en eut une pour Death Metal Underground à la fin des années 1990, une autre pour Metalious, et enfin celle-ci, publiée à l'origine dans le documentaire Heavy Metal Master Class par Emile Alquier et Antoine Grand.
La première question porte sur la manière dont Ildjarn perçoit sa musique, ainsi que sur la réception de son style « ultra lo-fi » - qui rappelle à bien des égards l'approche primitive de Phantom sur Divine Necromancy.
Ildjarn : « J'essaie de me mêler le moins possible aux gens et à la société en général. Je prends davantage de plaisir à entrer dans mon propre monde. [...] Je ne sais rien de l'art, et je m'en fous complètement de l'art, quel qu'il soit. Je fais simplement ce qui me vient naturellement, et je n'ai jamais considéré cela comme de l'art. »
Voilà qui donne immédiatement le ton pour le reste de l'entretien. Ildjarn fait ce qu'il veut : soit on embarque, soit on dégage.
Ildjarn n'a jamais fait partie de l'« Inner Circle »
Le musicien d'Ildjarn, Vidar Våer, était pourtant en contact étroit avec Euronymous et les membres de Mayhem au début des années 1990. Là où d'autres groupes auraient utilisé ce genre de proximité pour se construire une crédibilité de façade, Ildjarn élude la question et affirme n'avoir jamais suivi personne - ni dans la scène black metal, ni ailleurs.
Ildjarn : « Je n'ai jamais fait partie du soi-disant inner circle et je n'ai jamais eu quoi que ce soit à voir avec Euronymous. Je suis mon propre maître. Je fais ce que j'ai envie de faire et je ne demande jamais à personne si cela lui plaît. »
On ne peut pas vraiment enfermer Ildjarn dans une catégorie. C'est précisément le genre de projet qui refuse toute boîte - et même l'idée d'en occuper une. Les groupes de black metal authentiques de ce type sont extrêmement rares : Helgrind, Von, Phantom, Khranial, peut-être les débuts de Burzum, ou éventuellement Infester si l'on veut pousser la comparaison un peu loin. En d'autres termes : Ildjarn est totalement unique.
Ildjarn démolit Emperor et les « porteurs de sandales »
Lorsqu'on lui demande ce qu'il pense de l'état actuel du black metal et des multiples controverses liées au mallcore, Ildjarn tente - très légèrement - d'adopter un ton un peu plus diplomatique. Mais seulement un peu. La diplomatie n'est clairement pas son fort.
Ildjarn : « Je pense qu'il y a beaucoup de groupes de m[*]rde ces jours-ci, et je ne saurais même pas lesquels mentionner. Peut-être Emperor ? Ce sont vraiment des p[*]tains. [...] Je ne souhaite pas commenter davantage des sous-humains tels que certains mâles humains comme Ihsahn. Ils sont le plus bas du bas, comme les débiles, les macaques, les p[*]d[], et les porteurs de sandales. »
Ironie de l'histoire : Ildjarn a joué de la basse sur quelques premiers EP d'Emperor et a même écrit certains riffs pour In the Nightside Eclipse. Interrogé sur ce qu'il pense réellement du groupe, il tente une nouvelle fois d'adopter une posture vaguement diplomatique.
Ildjarn : « J'ai dû étudier ces individus pathétiques. On ne peut pas haïr ce que l'on ne connaît pas. Emperor a dû faire beaucoup de compromis, étant un groupe - ce que je n'ai pas à faire. Je suis mon propre maître, je fais ce que je veux et je ne demande jamais à personne si cela lui plaît. Si cela me plaît à moi, c'est suffisant. »
On comprend assez vite qu'il n'a aucune envie de s'étendre davantage sur le projet d'Ihsahn et de Samoth, ni sur la manière dont Emperor a progressivement évolué vers une proposition plus... « commerciale » après la sortie de Anthems to the Welkin at Dusk en 1997.
Le mot de la fin : un tir de barrage contre le « black metal hipster »
Pour conclure, Ildjarn règle littéralement ses comptes avec les groupes de « black metal hipster », plus préoccupés par leur image « intéressante » et par les réponses politiquement correctes en interview que par la musique elle-même - dans l'espoir d'obtenir un contrat chez un gros label.
Ildjarn : « La majorité des interviews et magazines metal aujourd'hui ne suscitent guère d'émerveillement ni de peur. Mais, d'un autre côté, les lecteurs auxquels ils s'adressent sont le plus souvent du même genre que les "artistes" interviewés : des gens qui suivent les tendances, des p[*]tes à [*****], des hommes soumis. »
On peut aussi y voir une pique directe adressée à l'auteur Antoine Grand, qui s'est déjà aventuré par le passé dans un certain sensationnalisme.
Quoi qu'il en soit, si vous cherchez un black metal réellement atonal, capable de faire saigner les oreilles... difficile de passer à côté d'Ildjarn. Le projet ressemble à la réponse directe du black metal old school à The Epilogue to Sanity de Phantom - deux œuvres également viles et dérangeantes.
Vous voilà prévenus.
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