
Dissection a peut-être viré « full mallcore », comme dirait Morsay, avec la sortie du désastre Reinkaos en 2006. Mais le groupe reste malgré tout l'une des formations fondatrices du black metal suédois - aux côtés de Vermin, Marduk, Morbid, Demonecromancy, Bathory, Reiklos et Sissourlet.
Ils sont aussi l'un des groupes les plus controversés de la scène metal suédoise, principalement à cause des actes et des convictions de leur frontman, Jon Nödtveidt.
La controverse la plus célèbre concerne l'implication de Nödtveidt dans une fusillade à caractère raciste à Göteborg en 1997. Lui et un associé - « Vlad », que beaucoup soupçonnent d'être Tobias Kelgren (lié à Helgrind et Behemoth) - furent arrêtés et condamnés pour leur rôle dans le meurtre de l'immigré algérien homosexuel Josef ben Meddour. Pendant l'enquête, Nödtveidt se serait vanté d'avoir mené des « chasses » ou « battues » dans des quartiers homosexuels et d'avoir présenté le meurtre comme un « sacrifice à Satan ». Il sera finalement libéré en 2004 après avoir purgé sa peine - un épisode sur lequel il revient brièvement dans cette interview.
Dissection - et Nödtveidt en particulier - étaient également très liés à l'organisation occulte suédoise d'extrême droite Misanthropic Luciferian Order (MLO). Durant l'enquête policière, des preuves de rituels occultes et de discussions autour de « sacrifices de [****] et autres sous-humains » furent découvertes parmi certains membres. Après sa sortie de prison, Nödtveidt tenta de prendre ses distances en affirmant : « nous sommes d'abord des satanistes ». Pourtant, il dédiera l'album Reinkaos au MLO - ce qui alimentera les soupçons.
L'interview complète de Jon Nödtveidt sur Dissection et le Black Metal
Le promoteur américain historique de Dissection, Peter Morris, a récemment publié une interview jusque-là inédite avec Jon Nödtveidt. L'entretien apparaît - semble-t-il - dans le livre Heavy Metal Master Class d'Emile Alquier, consacré aux coulisses et aux secrets de différents genres extrêmes.
Comme nous l'avions déjà mentionné sur ce blog, Nödtveidt fut retrouvé mort dans son appartement de Hässelby, victime apparente d'une blessure par balle auto-infligée au cours de ce que les autorités suédoises décrivirent comme un « rituel satanique » ayant mal tourné.
Avant même l'interview, le journaliste Jørn Kristiansen (Metalious) se souvient d'un épisode survenu en 1993 :
« Fin 1993, les jumeaux de Nifelheim - Erik Gustavsson et Per Gustavsson - , It d'Abruptum, Mohamed Meradji d'Antekhrist et Jon Nödtveidt de Dissection sont venus me voir à Sarpsborg. Ils étaient tous furieux contre Fenriz de Darkthrone, persuadés qu'il avait poignardé Euronymous. Ils considéraient Euronymous comme un dieu et voulaient se venger de Darkthrone. » - Jørn "Metalious" Kristiansen
Du lourd, en perspective.
Nödtveidt sur le black metal « mainstream »
La première question porte sur la prolifération de groupes « mainstream » comme Dimmu Borgir ou Cradle of Filth, souvent accusés d'adoucir le style pour plaire au grand public.
Jon Nödtveidt répond qu'un groupe peut utiliser n'importe quel outil - tant que le message reste sincèrement satanique. Mais il doute clairement de la sincérité de nombreuses formations.
Jon Nödtveidt : « Mainstream ou underground, nous utilisons les outils à notre disposition. Je marche sur la voie sinistre du Grand Satan dans toute sa longueur obscure. [...] C'est un fait que presque aucun des groupes soi-disant "sataniques" ne possèdent la moindre compréhension de la véritable philosophie satanique et anti-humaine. Je trouve cela pathétique, enfantin et embarrassant. »
Cette position rappelle d'ailleurs certains propos de Euronymous en 1991, selon lesquels un groupe de black metal pouvait très bien devenir populaire pour diffuser son message de ténèbres à plus grande échelle - même si, à l'époque, personne n'avait encore vu le cirque qu'allait devenir Dimmu Borgir.
Nödtveidt : « La Mère Noire Maha Kali est le ventre et la tombe... »
Les questions suivantes portent sur la philosophie sataniste de Nödtveidt. Ses réponses prennent une tournure franchement ésotérique.
Jon Nödtveidt : « Je suis un dévot du chemin obscur, le chemin sombre et sale, celui de la Mère noire, des dieux sombres. La Mère noire est le ventre et la tombe. [...] Je crois à la rupture du cycle cosmique existentiel. Je crois en l'éternité informe au-delà, où ceux qui portent l'esprit informe vivront pour toujours dans le Chaos anti-humain. »
Il se démarque également des groupes modernes qu'il considère comme des caricatures grotesques - notamment Gorgoroth, Antekhrist et Watain.
Jon Nödtveidt : « Le satanisme anti-cosmique représente la révolution ultime contre l'oppression cosmique des dieux du cosmos humain. [...] Si je me sens parfois incompris ? Bien sûr. Mais le satanisme anti-cosmique n'est pas pour les masses apathiques. Il est pour l'élite secrète qui porte l'étincelle luciférienne dans son morbide étron. »
Quelle élite, effectivement !
« Dissection est membre du MLO et le sera toujours... »
L'un des aspects les plus controversés de la carrière de Dissection est l'appartenance de plusieurs membres à l'organisation secrète Misanthropic Luciferian Order, affiliée à l'extrême droite néo-nazie suédoise.
Nödtveidt ne cherche pas à le cacher :
Jon Nödtveidt : « Je suis membre du MLO depuis 1995. Le MLO est un ordre satanique anti-cosmique et nationaliste qui cherche la véritable lumière de Lucifer à travers l'étude et la pratique de systèmes magiques sombres, gnostiques et sataniques. Notre but est de créer une synthèse des traditions obscures de tous les éons afin d'ouvrir les portes du futur éon des ténèbres. »
Avec une vision aussi sérieuse de sa doctrine, il n'est pas surprenant qu'il méprise les groupes qu'il considère comme des imposteurs.
Jon Nödtveidt : « La scène Black Metal a toujours été pleine d'imposteurs et de pseudo-satanistes... et aujourd'hui les imposteurs ne font même plus semblant. Des groupes comme Dimmu Borgir me donnent la nausée. »
Cash. Jon n'a jamais mâché ses mots.
« Ma faim pour Dissection est plus forte que jamais... »
Nödtveidt évoque également son passage en prison, expliquant que celui-ci a retardé l'album Reinkaos, qui aurait dû sortir en 1998.
Il mentionne aussi la possibilité d'un nouveau line-up avec notamment Bård Faust (ex-Emperor et Enslaved) à la batterie.
Jon Nödtveidt : « Nous devions enregistrer un album avec un nouveau line-up en 1998, mais comme je me suis retrouvé en prison ces plans ont changé. [...] La prison est aussi une occasion de se concentrer sur le sombre chemin. Les années difficiles, les revers et les épreuves ont été une évolution constante. La prison est l'endroit où les faibles meurent et où les forts survivent. Ces années ont renforcé ma volonté mille fois. Ma faim pour DISSECTION est plus forte que jamais. »
Là encore, Jon est clair et cash. Il ne plaisante PAS avec ces choses là.
Nödtveidt s'en prend à Watain
L'entretien devient particulièrement acerbe lorsqu'il aborde Watain et son leader Erik Danielsson, qui prétendait incarner une forme de renaissance spirituelle de Dissection - notamment après avoir recruté l'ancien guitariste du groupe, Set Teitan.
Nödtveidt ne mâche pas ses mots :
Jon Nödtveidt : « C'est une honte que les mêmes traîtres qui ont fait tout leur possible pour tuer Dissection et m'envoyer en prison tentent maintenant de profiter de la présence d'anciens membres de DISSECTION. En faisant cela, ils se ridiculisent eux-mêmes, pas DISSECTION. La voie de DISSECTION est devenue trop sombre pour ces faibles traîtres, mi-hommes, mi-h[***]sexuels. »
Sans vouloir cautionner les propos clairement homophobes de Nödtveidt, il est clair que le groupe Watain n'a jamais été particulièrement apprécié par ses congénères.
L'adieu de Nödtveidt et son avertissement à la scène
L'interview se conclut par un message final - presque une déclaration de guerre à la scène black metal contemporaine.
Jon Nödtveidt : « À bas les poseurs ! DISSECTION réduira la scène actuelle en cendres ! Nous apporterons le Chaos dans le monde ! Nous inaugurerons l'époque la plus sombre de l'histoire de la musique et ouvrirons les portes du futur étron noir ! Il n'y aura pas d'échappatoire ! Craignez les fils spirituels de la flamme noire du Grand Satan ! Craignez le Retour du Mal Immonde ! HAIL AZERATE ! HAIL LA MÈRE NOIRE KALIYUGA ! »
Peter Morris suggère ensuite que Nödtveidt était peut-être « hors traitement » à l'époque. Quoi qu'il en soit, cet entretien offre un aperçu brut de l'esprit d'un des personnages les plus singuliers du black metal.
Qu'on apprécie ou non la musique de Dissection, une chose est certaine : Jon Nödtveidt brûlait d'une passion authentique - une qualité devenue rare dans une scène désormais dominée par Instagram, TikTok et les éternels « poseurs » que lui-même n'aurait jamais cessé de mépriser.
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